19 mars 2012

suite origine de l'homme


HOMO SAPIENS SAPIENS, L'HOMME MODERNE

C'est vers l'Homo sapiens archaïque qu'il faut chercher l'origine de l'homme moderne, Homo sapiens sapiens. Si les caractères morphologiques modernes se mettent progressivement en place il y a environ 150 à 200.000 ans, c'est vers 100.000 ans que l'on trouve dans toute la moitié sud de l'Afrique des populations de morphologie moderne.
Au Proche-Orient, on peut avancer une date similaire , pour une population qui inhumait ses morts et présentait des caractéristiques proches de celles de l'Homme de Cro-Magnon (près de 60.000 ans avant l'apparition de celui- ci).
En Asie, les premiers hommes modernes ne datent que d'environ 60.000 ans, et les caractéristiques mongoloïdes qu'ils présentent, conduisent à penser que les grandes subdivisions actuelles de l'humanité pourraient dater de cette époque (subdivisions qui, il faut le noter, ne peuvent en aucun cas être considérés comme des races humaines distinctes... !).
En Europe, le premier homme moderne est Cro-Magnon et n'y est arrivé qu'il y a 40.000 ans environ.
Crâne 
du vieillard de Cro-Magnon
Crâne du vieillard de Cro-Magnon, Homo sapiens sapiens
Découvert en 1868, Les Eyzies (Dordogne) - env. 40.000 ans
La découverte de l'origine de l'homme moderne constitue l'une des questions les plus débattues de la paléontologie humaine.
Faut-il évoquer une origine unique et africaine (Afrique sub-saharienne) ? C'est l'hypothèse de "l'Arche de Noé" ou "spéciation / remplacement", qui veut qu'alors que l'Homo sapiens archaïque avait déjà colonisé l'ensemble de l'Ancien Monde, il aurait donné naissance à l'homme moderne, en Afrique uniquement, celui-ci ayant ensuite recolonisé tout l'Ancien Monde, remplaçant les populations locales. Certaines données sur l'ADN, ainsi que la bonne succession des fossiles découverts en Afrique depuis l'Homo erectus jusqu'à l'homme moderne, semblent aller dans le sens de cette hypothèse. Mais il est difficile d'envisager qu'une population venue d'Afrique ait pu tout coloniser et remplacer toutes les populations locales...
La seconde hypothèse, qui peut donc paraître plus acceptable, est celle d'une apparition multi-régionale, à la fois en Asie et en Afrique, théorie dite du "candélabre", envisageable au sein d'une espèce. La persistance de certains caractères régionaux sur plusieurs centaines de milliers d'années semble aller dans le sens d'une telle continuité génétique locale. Par ailleurs, il faut noter que pour certains l'origine multi-régionale serait même à invoquer dès l'Homo erectus, qui partout aurait évolué pour donner les populations d'hommes modernes. Mais dans ce cas, une espèce ne pouvant donner la même espèce en plusieurs endroits, il faut considérer que l'Homo erectus et l'Homo sapiens ne sont qu'une seule et même espèce.
Enfin, on peut envisager une hypothèse intermédiaire, l'évolution réticulée ou "hybridation / remplacement" avec une continuité génétique locale mais avec aussi des migrations et des croisements entre les populations d'hommes modernes et les sapiens archaïques autochtones.
Homme de Cro-
Magnon (dessin de profil)
Crâne d'Homo sapiens sapiens

Pour terminer, il faut rappeler que c'est à cet homme moderne que l'on doit les merveilleuses peintures et gravures qui ornent grottes et abris sous-roche préhistoriques...

Cheval ; peinture rupestre ; Niaux (Ariège) Bisons ; peinture rupestre ; Niaux (Ariège)
Cheval peint en noir (env. 70 cm de long) - Grotte de Niaux (Ariège)
Magdalénien (env. 13.000 ans)
Bisons du Salon noir de la grotte de Niaux (Ariège)
Magdalénien (env. 13.000 ans)

ORigine de l homme

Les origines de l'homme... Voici donc quelques mots et quelques images sur les principaux fossiles qui jalonnent la recherche des ancêtres de l'homme.
Les textes présentés ici ont été réalisés dans le double but d'offrir :
* un résumé clair, simple et rigoureux des données actuelles sur l'évolution humaine,
* mais sans que cela soit fait , comme c'est souvent le cas, au détriment de l'exposition des zones d'incertitude et des questions irrésolues...
La présentation s'en trouve complexifiée, mais il est indispensable, en l'état actuel des connaissances, que l'ensemble des hypothèses acceptables soient discutées.
La majeure partie des informations tire sa source des cours dispensés par le Professeur Bernard VANDERMEERSCH de l'Université Bordeaux I pour les Maîtrise et D.E.A. de Paléoanthropologie.
L'image ci-dessous présente un aperçu possible sur l'arbre phylogénétique de l'homme.


Il existe toutefois encore beaucoup de questions sur lesquelles les paléoanthropologues sont partagés, questions qui seront évoquées au fil des différents chapitres.

LES AUSTRALOPITHEQUES

Premiers hominidés avérés, les australopithèques constituent un groupe très complexe comprenant plusieurs genres (avec plusieurs espèces).
La première découverte de vestiges d'australopithèques date de 1924, et depuis, des ossements ont été exhumés en Afrique de l'Est, en Afrique du Sud, et même plus récemment au Tchad (Michel Brunet, 1995).
Devant la diversité des fossiles, dont le plus célèbre est bien entendu Lucy, un consensus peut être trouvé en évoquant 3 grands groupes :
- les australopithèques archaïques, est-africains uniquement, dont les plus anciens ont 4 millions d'années (voire un peu plus), et qui ont survécu jusqu'à il y a environ 2,7 millions d'années.
- les australopithèques graciles, connus depuis 3 millions d'années, et que l'on retrouve en Afrique du Sud.
- les australopithèques robustes, un peu plus récents, qui sont parfois classés dans le genre Paranthropus. On évoque alors 4 espèces, boisei et aethiopicus en Afrique de l'Est et robustus et crassidens en Afrique australe.
Les derniers australopithèques ont disparu il y a environ 1 million d'années.
Avant la découverte d'un fossile au Tchad, "Abel", tout semblait aller dans le sens d'une origine est-africaine, à laquelle aurait succédé le peuplement de l'Afrique du Sud. Le schéma s'est maintenant un peu compliqué...

A. africanus (dessins, 
face et profil) P. robustus 
(dessins, face et profil)
Australopithèque gracile :
Australopithecus africanus
Australopithèque robuste :
Paranthropus robustus (Afrique australe)
Classiquement, on considère que des modifications climatiques sont à l'origine de l'apparition des hominidés. Le recul de la forêt, il y a environ 12 à 15 millions d'années, aurait poussé les primates arboricoles à évoluer ou disparaître. Là où les babouins auraient "choisi" de vivre au sol, à quatre pattes, une autre réponse aurait été la bipédie. Il faut noter toutefois que l'étude des pollens fossiles montre que beaucoup de gisements d'australopithèques se trouvent dans des zones boisées à l'époque et que la morphologie osseuse montre parallèlement la persistance de caractéristiques arboricoles. L'acquisition de la bipédie se serait donc plutôt faite en milieu forestier et ce n'est que par la suite que les caractéristiques primitives auraient disparu.
Tous les australopithèques sont bipèdes (on a même retrouvé des empreintes de pas à Laetoli, imprimées dans de la cendre volcanique, et datant de 3,6 millions d'années), mais les australopithèques archaïques avaient conservé au niveau de leurs membres et du bassin des caractéristiques de primates arboricoles.
Leur taille était de 1 mètre (ou un peu moins) pour les plus anciens, avec une capacité cérébrale d'environ 380 cm3, et de 1,40 - 1,50 m pour les australopithèques robustes (capacité crânienne d'environ 450 cm3).
Leur face était très développée, leur crâne avait une voûte très basse et des superstructures osseuses marquées. Des recherches récentes, cf. travaux d'Hélène Roche (1999), conduisent à penser que parmi eux, certaines espèces ont pu tailler des outils.
Leur denture était plus humaine que simienne et son usure permet d'envisager que les australopithèques robustes avaient un régime à très forte dominante végétarienne, tandis que les australopithèques graciles et surtout les archaïques étaient probablement plus omnivores (et cette absence de compétition pour la nourriture a pu favoriser la longue coexistence dans les mêmes régions des types robustes et graciles). La spécialisation des caractéristiques dentaires permet également d'éliminer les australopithèques robustes des candidats pour être l'ancêtre du genre Homo. Les australopithèques archaïques, et dans une moindre mesure les graciles, restent en course pour beaucoup d'auteurs... Mais pour certains tous les australopithèques sont déjà engagés sur une voie particulière, et il s'agirait d'un groupe-frère, avec une origine commune. Yvette Deloison (1999) défend une telle position avec de nouveaux arguments (s'appuyant sur les caractéristiques anatomiques des os des pieds des australopithèques), qui bouleverse plus profondément la vision de l'évolution des premiers hominidés. Selon ses travaux, les australopithèques auraient hérité la bipédie d'un ancêtre commun avec le genre Homo, et auraient par la suite développé un arboricolisme. Quant aux grands singes, il serait également issus d'un ancêtre bipède et serait devenus quadrupèdes. En concordance avec cela, rappelons que Ardipithecus ramidus (4,4 millions d'années) qui en 1994 avait été quelque temps considéré comme un ancêtre de l'homme, pourrait être en fait sur la lignée des grands singes actuels et qu'il était probablement bipède.
Toutes les hypothèses de branche parallèle impliquent l'existence d'un ancêtre commun vers 4 millions d'années. Or, à l'exception de quelques fragments peu concluants, on ne connaît guère de fossile pour le genre Homo entre 2 et 4 millions d'années.

Moulage du crâne de l'enfant de Taung

HOMO HABILIS

C'est en 1960 en Tanzanie que les premiers ossements d'Homo habilis furent découverts.
Son nom lui fut donné en 1964 en référence à la présence à Olduvaï (Tanzanie) d'artefacts lithiques associés aux restes osseux. On pensait à l'époque qu'il s'agissait de l'inventeur de l'outil (et on considère maintenant que certains australopithèques taillaient). Il utilisait des galets à une face (choppers) et à deux faces (chopping-tool).
Il semblerait que l'Homo habilis soit apparu il y a environ 2,4 millions d'années , peut-être à partir d'australopithèques archaïques (voir chapitre précédent), et ait vécu jusqu'à 1,6 million d'années, ce qui ferait faire de lui le plus ancien représentant du genre humain.

H. habilis (dessins, 
face et profil)
Sa capacité cérébrale était plus importante que chez les australopithèques (600-750 cm3), sa voûte était plus élevée mais avec une faible largeur frontale et les superstructures osseuses moins développées. Sa face était également moins projetée en avant. Il présentait donc conjointement des caractères primitifs et d'autres plus évolués. Il était probablement omnivore et son système masticateur était plus proche de celui des hommes. Enfin, il ne présentait plus les caractéristiques des arboricoles.
Sa taille semble avoir été très variable, à tel point que pour certains, il y aurait en fait deux espèces :
• Homo habilis, des individus petits (environ 1,25 m pour une trentaine de kilogrammes), présentant plus de caractères archaïques , avec une capacité crânienne de l'ordre de 600 cm3 et que l'on trouverait il y a un peu plus de 2 millions d'années en Afrique de l'Est et du Sud ;
• Homo rudolfensis, plus grand (environ 1,60 m pour une cinquantaine de kilos), présentant moins de caractères archaïques, une capacité cérébrale de 700-750 cm3 et qui pourrait avoir été plus ou moins contemporain (avec des dates de l'ordre de 1,9-1,7 million d'années). Il descendrait des Homo habilis et serait à l'origine des Homo erectus.
Cependant, ceux qui n'acceptent pas l'idée qu'il y aurait eu 2 espèces invoquent une très forte variabilité individuelle et un fort dimorphisme sexuel.
Moulage d'un crâne d'Homo habilis
Homo habilis (moulage) - Est Turkana, Kenya - 2 millions d'années

Quoi qu'il en soit, l'apparition des premiers représentants du genre humain, plus grands, avec une capacité crânienne plus importante et une morphologie moins archaïque, pourrait être liée à des changements climatiques intervenus il y a environ 2,5 millions d'années.

HOMO ERECTUS

La découverte du premier fossile d'Homo erectus date de 1891 (à Java, par Eugène Dubois qui le nomma Pithecanthropus erectus).
Par la suite, on en découvrit en Chine (Sinanthropus pekinensis), en Afrique du Nord (Atlanthropus mauritanicus), ainsi qu'en Afrique de l'Est et du Sud.
La capacité crânienne de l'Homo erectus varie entre 780 cm3 pour les plus anciens jusqu'à 1250 cm3 pour les plus récents, valeur qui entre dans la variabilité humaine actuelle (environ 1500 cm3 avec des extrêmes à 1000 et 2000). Le crâne est très allongé, très bas et présente des superstructures nettes. Il est plus prognathe que celui des Homo sapiens (mais moins que chez les Homo habilis ou les australopithèques évidemment).
Au rang des apports attribués à l'Homo erectus, il faut évidemment évoquer la maîtrise de la conservation du feu, découverte datant de 500.000 ans ou même un peu plus. Par ailleurs, il est l'inventeur du biface (industrie acheuléenne).
H. erectus 
(dessins, face et profil)
Pour ce qui est de l'origine d'Homo erectus et du peuplement de l'Ancien Monde, jusqu'à il y a peu la situation paraissait simple : l'erectus africain, descendant de l'habilis, en était responsable. En fait, pour certains, il faut distinguer l'Homo ergaster (les plus anciens fossiles africains, plus graciles, vers 1,6 - 1,8 million d'années) qui aurait pu être à l'origine des Homo erectus d'Afrique et d'Asie ; pour d'autres, les différences entre les fossiles ne sont pas imputables à l'existence de deux espèces, mais simplement à la variabilité dans l'espace et le temps. Quoi qu'il en soit, les Homo erectus (ou ergaster) auraient migré jusqu'à l'Asie (y évoluant localement par la suite, d'où les différences de plus en plus grandes avec le temps entre les fossiles d'erectus de Java et de Chine), ainsi que vers l'Afrique du Nord, et plus tard vers l'Europe.
Mais des découvertes récentes montrent que les plus anciens fossiles bien datés proviendraient en fait d'Asie ( 1,9 million d'années) et pourraient donc être plus anciens que ceux d'Afrique (datés vers 1,8 million au maximum). Si l'on considère que Homo ergaster est apparu il y a environ 1,5 million d'année et a donné naissance en Afrique à Homo erectus, il est alors difficile d'expliquer la présence en Asie à 1,9 million d'années d'Homo erectus ! Quant à envisager, pour coller avec les dates, un peuplement par Homo habilis de l'Asie, cela impliquerait que les habilis d'Asie et ceux d'Afrique aient parallèlement évolué de la même façon en Homo erectus, ce qui pose un problème théorique. Il se pourrait donc que des Homo erectus plus anciens soient encore à découvrir en Afrique. Si c'était le cas, ils ne descendraient pas des Homo habilis contemporains, qui constitueraient alors une branche latérale.
En dehors de l'Asie, si les plus anciens Homo erectus africains se trouvent en Afrique de l'Est, vers 1 million d'années ils semblent avoir occupé la totalité du continent africain (Afrique du Sud, Afrique du Nord). Quant à l'Europe, après des décennies de controverses, les découvertes récentes, tant de fossiles que d'artefacts lithiques, et les datations associées , montrent qu'indubitablement Homo erectus l'avait colonisée (avec des preuves d'occupation vers 1 voire même 1,5 million d'années).
Les derniers Homo erectus semblent n'avoir disparu que vers 400.000 ans (voire moins, avec une date proposée à 250.000).
Par ailleurs, la question de la relation de "l'espèce" erectus avec "l'espèce" sapiens n'est pas entièrement résolue non plus et pour certains, l'Homo erectus ne serait que le premier stade de l'espèce sapiens (mais ceci sera à nouveau discuté avec le chapitre sur les Homo sapiens...).
Enfin, il est intéressant de se demander comment l'Homo erectus a pu habiter pendant 1,5 million d'années sur un territoire s'étendant de l'Afrique à l'Asie sans qu'il y ait eu une différenciation de l'espèce trop importante. Pour expliquer cela, il semble qu'il faille invoquer l'existence de contacts constants de proche en proche, qui auraient stabilisé la lignée.
Homo erectus de Chine

LES HOMO SAPIENS ARCHAIQUES

Les Homo sapiens sont caractérisés par rapport aux Homo erectus par leur crâne plus arrondi, avec une voûte plus élevée, une capacité crânienne plus importante et une gracilisation générale (voûte plus mince, superstructures réduites ou absentes).
Certains fossiles, en Afrique orientale, semblent, dès 400.000 ans, constituer des formes de transition entre les Homo erectus et les Homo sapiens. Mais c'est vers 250.000 que l'on rencontre les véritables Homo sapiens archaïques. On ne trouve par contre pas de formes de transition en Afrique du Sud, ce qui semble appuyer l'hypothèse d'une origine est-africaine des Homo sapiens archaïques. Vers un peu moins de 200.000 ans, on les retrouve en Afrique du Nord et au Proche-Orient.
Cependant, pour ce qui est de l'Extrême-Orient, on trouve en Chine et peut-être à Java des formes de transition entre les Homo erectus et les sapiens archaïques, formes qui semblent présenter des caractéristiques les rapprochant des Homo erectus locaux, comme s'ils en étaient les descendants. Ceci repose donc la question de l'origine des Homo sapiens, une espèce ne pouvant apparaître simultanément en plusieurs endroits différents. C'est la raison pour laquelle certains anthropologues pensent que les fossiles interprétés comme des Homo erectus étaient déjà des Homo sapiens et qu'à l'intérieur de cette espèce, qui aurait donc près de 1,5 million d'années, il y a eu un certain nombre de grades évolutifs.

Crâne de Kabwe (Broken Hill)

LES NEANDERTALIENS

Découverts vers le milieu du XIXème siècle, les néandertaliens constituent un groupe géographiquement et chronologiquement bien délimité : ils peuplèrent uniquement l'Europe et le Proche-Orient, d'ouest en est de l'Espagne à l'Ouzbékistan, et du nord au sud de l'Allemagne à l'Israël. L'apparition des caractères néandertaliens date d'environ 400.000 ans, époque pour laquelle on parle de pré-néandertaliens.
L'homme de Tautavel
L'homme de Tautavel : un pré-néandertalien
(considéré par certains comme un Homo erectus, il présente un caractère typiquement néandertalien - absence de fosse canine - qui permet de le considérer comme une des plus anciennes formes de pré- néandertalien)
Caune de l'Arago (Pyrénées-Orientales) - 400.000 ans
Quant aux néandertaliens classiques, présentant une morphologie néandertalienne achevée, ils apparaissent vers 120.000 ans. Ils présentent alors sur l'ensemble du squelette un complexe morphologique qui leur est propre et permet de les distinguer des populations d'Homo sapiens. Si certains caractères entrent tout à fait dans la variabilité humaine actuelle, la totalité ne peut être retrouvée que chez un néandertalien.
En fait, devant la variabilité des fossiles de ce groupe, il faut distinguer pour le moins deux populations présentant quelques divergences : les néandertaliens d'Europe et ceux du Proche-Orient.
Les néandertaliens d'Europe mesuraient en moyenne 1,65 m, avec une capacité crânienne moyenne comparable à celle de l'homme moderne (valeurs entre un peu plus de 1200 et 1850 cm3). Néanmoins si leur volume crânien est comparable l'architecture du crâne est par contre différente. Néandertalien (dessin de profil) Il est long et bas, et surtout très large. Il présente des superstructures osseuses développées, avec notamment un torus sus-orbitaire. La face est de grandes dimensions, haute, large et longue d'avant en arrière. La mandibule ne présente pas de menton osseux.
Pour ce qui est des néandertaliens du Proche-Orient, dont le plus ancien fossile date de 200.000 ans, la voûte est un peu plus haute, le frontal plus elevé, ce qui les rapproche davantage des pré-néandertaliens européens que des néandertaliens typiques. Ceci pourrait appuyer l'hypothèse selon laquelle des pré-néandertaliens européens auraient migré au Proche-Orient où les caractéristiques néandertaliennes se seraient moins développées que dans le même temps en Europe (longtemps on a d'ailleurs pensé que cette migration devait être liée à un maximum glaciaire qui aurait repoussé des populations vers le sud ; toutefois, les datations récentes montrent que l'arrivée des néandertaliens au Proche-Orient daterait d'une période inter-glaciaire).
Crâne de la Chapelle-aux-Saints
Crâne de La Chapelle aux Saints (Corrèze) - découvert en 1909 - 40-50.000 ans ?
Longtemps considérés par les anthropologues comme des êtres "à peine sortis de l'animalité", les néandertaliens sont depuis quelques décennies réhabilités. On a découvert qu'ils enterraient leurs morts et qu'ils prenaient soin de leurs blessés qui pouvaient ainsi survivre... Ils sont les artisans du "Moustérien", complexe industriel caractérisé par des pointes et des racloirs retouchés sur une seule face et par l'absence de véritables grattoirs. En France à St Césaire (Charente-Maritime) ou encore Arcy-sur-Cure (Yonne), les derniers néandertaliens avaient même développé une industrie sur lame (châtelperronien). Selon une étude récente, il ne s'agirait même pas d'une acculturation au contact des hommes modernes et de leur industrie du Paléolithique supérieur, mais bien d'une invention propre (cf. D'Errico, Zilhao, Julien, Baffier et Pelegrin, 1998).

La première grande question qui se pose à leur sujet est celle de leur disparition, qui semble être intervenue en Europe il y a 36.000 ans (voire 30.000 ans). Au Proche-Orient, elle semble avoir été plus précoce et plus brutale (vers 40.000 ans). Ces dates montrent qu'ils ont été contemporains des Homo sapiens sapiens, pendant quelques 5 à 10.000 ans en Europe et pendant même plusieurs dizaines de milliers d'années au Proche-Orient (où, néanmoins, certains sites montrent que plus qu'une cohabitation il pourrait y avoir eu une alternance).
Fréquemment on considère qu'après l'arrivée des hommes modernes s'est instaurée une compétition, qui aurait tourné à l'avantage des nouveaux arrivants à l'occasion d'un épisode climatique plus rigoureux, entraînant l'extinction des néandertaliens. Pour d'autres, l'homme de néandertal n'aurait pas réellement disparu mais ces caractères se seraient dissous progressivement au cours des métissages avec l'homme moderne.
Cette dernière hypothèse pose l'autre grande question concernant les néandertaliens : quelle est la relation phylogénétique entre eux et les hommes modernes ? En effet, s'ils appartenaient à la même espèce, un métissage est envisageable. Or, les données récentes des études ADN ont conduit leurs auteurs à considérer que la distance génétique était trop grande pour qu'il ait pu s'agir de deux sous-espèces. Toutefois, la méthodologie employée est fondée sur des hypothèses théoriques qui ne sont pas vérifiées et le doute restant possible, tous les anthropologues ne sont pas convaincus. Trinkaus et Zilhao (1999) ont même encore plus récemment publié avoir découvert au Portugal des vestiges osseux d'un enfant d'environ 4 ans qui serait un métis datant de 24.500 ans. Toutefois ce fait est loin d'être assuré... Quoi qu'il en soit, si les néandertaliens constituaient une espèce différente, cela implique que les Homo sapiens sapiens et eux aient eu une espèce commune pour origine. Et c'est là qu'intervient pour certains Homo heidelbergensis, pour une part contemporain d'Homo erectus, et qui aurait donné en Afrique Homo sapiens et en Europe Homo neanderthalensis.
Ceci reste à vérifier et beaucoup de questions à élucider...

 
 
 
 

30 juillet 2009

Masaï : histoire d'une éthnie légendaire d'Afrique


La tradition orale Masaï, confirmée par des données archéologiques, indiquent que leurs lointains ancêtres sont venus de la vallée du Nil en Égypte et du Soudan. A la fois pasteurs et nomades, les Masaï (ou Massaï) sont un peuple, d'Afrique de l'Est réparti sur les savanes de Tanzanie et du Kenya. Une grande partie des terres masaï a été conquise par les britanniques à la fin du 19ème siècle. De nos jours, le pays Masaï se situe approximativement entre les monts Kenya et le Kilimandjaro et il s'étend sur différentes réserves naturelles. Ces guerriers farouches à l'attitude hautaine sont en conflit permanent avec les autorités car ils n'acceptent pas leur tentative de sédentarisation dans le parc National de Masaï Mara. D'ailleurs, ils ignorent les frontières entre le Kenya et la Tanzanie. La population estimée à un demi-million d'âmes bouge au gré des saisons. Le peuple Massaï se répartit en cinq groupes : les Arusha, les Kisongo, les Baraguyu, les Purko et les Samburu. Leur cheptel est principalement composé de vaches dont ils considèrent qu'elle leur a été confiée par leur Dieu. Ils sont proches de la nature et des animaux sauvages.
Cette peuplade a appris à vivre en harmonie avec des rhinocéros, des lions, des éléphants, des girafes, des gazelles ou des zèbres Ces nomades sont à la fois des gardiens de troupeaux, des pasteurs et des guerriers combattants. Ils sont farouchement attachés à leur mode de vie et à leurs traditions. Les Massaï sont d'ailleurs toujours restés à l'écart du progrès. La société Massaï vit sous un mode patriarcal. Le passage à l'âge adulte des enfants se fait par une cérémonie correspondant à un rite initiatique.
Les adolescentes sont alors excisées et les jeunes garçons sont circoncis. Le gouvernement du Kenya ainsi que différentes organisations non gouvernementales (ONG) ont tenté, en vain, d'éradiquer la pratique de l'excision. Pour les jeunes hommes ce passage signifie qu'ils vont pouvoir débuter l'apprentissage du maniement des armes ou encore apprendre les chants de guerre et les danses traditionnelles. Au gré de leur déplacement, les femmes Masaï construisent de petites maisons temporaires. Elles utilisent des branchages recouverts de bouse de vache et de boue qui sèche rapidement au soleil. Cet habitat rudimentaire n'est pas meublé et il est constitué d'une pièce pour les invités, d'une pièce pour les animaux et d'une pièce principale qui fait office de cuisine et de chambre. Ces maisons sont détruites par le feu au moment de la migration. Côté vestimentaire et « look » : Les hommes et les femmes ont les oreilles percées et les lobes sont distendus par des disques. Les femmes réalisent des bijoux qui sont importants dans leur ornementation corporelle. Les costumes de cérémonie sont multicolores avec une prédilection pour le rouge, en hommage à la couleur de leur terre.
Des documentaires ont contribué à faire connaître cette ethnie africaine longtemps menacée. Cette information a suscité de l'intérêt auprès des touristes occidentaux qui ont voulu découvrir cette peuplade qui vit loin de toute civilisation et en harmonie avec la nature. Cet engouement a sans nul contribué à leur préservation par le gouvernement. A noter : Des anthropologues se sont également intéressés aux Massaï

05 novembre 2008

La scientificité de la psychologie : la psychologie est-elle une science?


La psychologie, du grec psukhê, âme, et logos, science[1], est l'étude scientifique des faits psychiques, la connaissance empirique ou intuitive des sentiments, des idées, des comportements d'autrui et des siens, l'ensemble des manières de penser, de sentir, d'agir qui caractérisent une personne, un animal, un groupe, un personnage.
Divisée en de nombreuses branches d’étude, ses disciplines abordent le domaine aussi bien au plan théorique que pratique, avec des applications thérapeutiques, sociales, et parfois politiques ou théologiques.La psychologie a pour objectif l'investigation du psychisme comme fondement d'une structure subjective et d'un fonctionnement spécifique (processus et mécanisme) articulé à la perception et représentation du monde extérieur.La psychologie est traversée par plusieurs problématiques qui la fragmentent selon les options prises par ceux qui l’étudient. La combinaison rationnelle et synthétique des résultats n’est pas l’objet d’un consensus général, même si bien sûr beaucoup de résultats se sont accumulés et si localement, il est possible d’affirmer que certaines hypothèses sont justes ou fausses. prenons le cas de la scientificité de la psychologie.Aujourd'hui encore, cette question reste posée. Ici deux conceptions s'affrontent, la première affirmant que la psychologie est bien devenue une science, et la seconde remettant en question ceci, en affirmant qu'il n'y a en psychologie qu'une pré-science. On peut s'appuyer sur un texte de Kurt Lewin[4], qui oppose les modes de pensée galiléen (scientifique) et aristotélicien (pré-scientifique), afin de développer ce propos.La création des laboratoires de psychologie quantitative, fait dire aux tenants de cette méthodologie, que la science psychologie est maintenant une réalité. En effet, ce point de vue s'appuie sur les méthodes de recherche utilisées dans ceux- ci:
Formulation d'une hypothèse
Expérimentation ou observation
Correction, confirmation ou infirmation de l'hypothèse
Questionnement sur les conclusions (Retour à l'étape 1)
Ainsi la psychologie peut se baser sur des résultats statistiques reproductibles et critiquables. Il y a également des auteurs[5] qui pensent que le manque d'enseignement de matières scientifiques (mathématique et technique scientifique par exemple) pose problème à la fois en terme d'image de la filière, et en termes de qualité de la formation et de la recherche dans le domaine.

Dans ce débat on retrouve des critiques récurrentes et en particulier ciblées sur la théorie psychanalytique, qui rappelons-le ne fait pas partie de la recherche expérimentale en psychologie. En effet, Pierre Janet, Henri F. Ellenberger, Karl Popper ont largement écrit à ce propos pour diverses raisons. Mais il semble pertinent d'élargir le débat de la scientificité à l'ensemble de la psychologie.
Si on considère l'Homme comme un système complexe par exemple, alors on peut lui appliquer la méthode d'Edgar Morin[6] qui rejette la pensée réductionniste.
D'autres auteurs affirment en effet que les méthodes utilisées[7] ne suffisent pas à faire de la psychologie une science, car beaucoup de ses concepts ne sont pas scientifiques, mais pré-scientifiques, dans le sens qu'ils sont trop souvent de forme anthropomorphiques (le vécu de l'individu sert de critère au savoir). Les défenseurs de cette thèse, expliquent que la psychologie ne pourra devenir science que lorsqu'elle distinguera le vécu, de la description scientifique. Cela n'a rien à voir avec la méthode (quantitatif vs qualitatif), mais sur la construction de concepts solides.
De plus, la psychologie fait, pour ces mêmes personnes, des classifications instinctives et non basées sur des critères objectifs, ou tout du moins explicitées sur des critères qui permettront de donner des groupes homogènes (exemple de la classification émotion/ cognition ou de l'intelligence). « Les concepts psychologiques, au moins à certains égards déterminants, sont totalement aristotéliciens dans leur contenu réel, bien que, à d'autres égards, leur formulation ait été quelque peu civilisée, si l'on peut dire »[8]. En effet, certains concepts de psychologie peuvent être vus comme un jugement moral (exemple : normal vs pathologique).
Certains domaines d'application de la psychologie semble mettre en exergue cette idée : « L'étude du vieillissement psychologique est un véritable test par lesquels la psychologie générale et différentielle montre bien ses limites. [...] Dès que l'on s'écarte de ces deux cas de figure [non cités ici], on entre dans un type de fonctionnement où le raffinement méthodologique va tenter désespérément de masquer et de compenser l'insuffisance des concepts. [...] Or le problème de fond serait plutôt celui du statut des variables utilisées. Méthode de regroupement de données empirique sur la base de corrélations, l'analyse factorielle (des correspondances ?) ne peut aboutir qu'à la création de catégories empiriques contingentes »[9].
Il existe également une autre position (psychanalytique la plupart du temps) dans ce débat, qui défend l'idée que la psychologie peut ne pas être une science au sens strict du terme sans pour autant être une discipline non rationnelle. La rationalité du discours psychologique pourrait être indépendante des méthodes de vérification expérimentale, soit du fait des interdits éthiques s'opposant à certains types d'expériences sur le sujet soit pour un motif d'irréductibilité de la complexité de la psyché à un jeu simple de facteurs. On rejoint donc, sur ce dernier point la pensée précédente, mais on s'en écarte quand il est dit que la « scientificité » d'un discours rationnel n'est pas la condition sine qua non du sérieux d'une discipline. Cependant des exemples montrent que, parfois, les apparences de la scientificité peuvent recouvrir et cacher des motifs totalement irrationnels - lesquels jouent aussi leur rôle dans tout travail à visée scientifique, puisque la « science » n'est jamais que l'ensemble des discours dits scientifiques tenus par des hommes et des femmes, lesquels ne sauraient être totalement à l'abri des « passions », pour user d'un terme qui a certes beaucoup vieilli si l'on se réfère au corpus conceptuel psychologique actuel.


Développement durable (partie IV)


Limites et dérives du concept

Comme tous les concepts, le développement durable trouve aussi ses limites. En effet, la société capitaliste, dans laquelle nous sommes, a su redistribuer les dividendes de la production à l'économie (sous la forme de ré-investissements) et au social (hausse du revenu des salariés) pendant toute son existence. La balance entre ces deux pôles s'est réalisée au gré des diverses luttes sociales et des convictions politiques des dirigeants. Mais comment prendre en compte l'environnement dans cette balance alors que l'équilibre entre le social et l'économique est déjà actuellement dans une impasse ?
Maintenant, le concept de développement durable peut aussi dériver vers une vision malthusienne de notre société. Pourquoi les pays riches, maintenant développés, imposeraient-ils aux pays en développement une vision limitative de leur développement ? Le concept est bon, ses objectifs louables, mais il sert peut-être à justifier une politique protectionniste de certains pays craignant une trop grande concurrence. En pratique, les pays développés ne se privent pas de commercer avec la Chine, malgré les risques de dérive de l'empreinte écologique de celle-ci.
Un deuxième risque est celui d'une communication mal équilibrée. Soit la communication ne serait pas suivie d'actions, dans le domaine de l'innovation par exemple, et l'entreprise se fragiliserait par rapport à ses concurrents plus innovants. Soit au contraire la communication dévoilerait trop d'informations confidentielles. Dans les deux cas, la cohérence de l'organisation et la compétitivité de l'entreprise en pâtiraient dans le contexte de la révolution internet.
Un troisième risque est celui d'une dérive vers des modèles de durabilité faible, c'est-à-dire admettant la substitution du capital naturel par un capital de connaissances. Ce modèle est souvent celui des organismes américains en particulier, surtout au niveau fédéral ou de leurs ramifications mondiales. Ce risque se traduit par la constitution de réseaux d'innovation pilotés en dehors de l'Europe qui risqueraient de déstabiliser les institutions européennes et les États de l'Union européenne (recherche, universités, ...).
Un quatrième risque, plus pernicieux encore, est souligné par le philosophe André Comte-Sponville. Celui-ci craint que l'éthique d'entreprise criée haut et fort dans les colloques, au nom de l'intérêt (en fait de l'entreprise) ne masque en réalité le manque d'une morale plus large. En pratique, la fluidité des flux d'informations et financiers de la mondialisation aboutit à une multiplication des investissements étrangers non contrôlés. Cela peut court-circuiter les actions coordonnées européennes, dans le domaine politique et juridique en particulier, du fait de biais culturels et de rigidités administratives des États. Comte-Sponville en conclut à la nécessité d'une morale dépassant le cadre de l'entreprise (les quatre ordres). Une réorganisation du droit paraît en outre nécessaire.
Un cinquième risque vient de l'accaparement, par les puissances qui maîtrisent les technologies de l'information, des procédures de normalisation et de régulation internationaux. De ce fait, les plus riches risquent d'imposer un modèle qui aboutit de fait à une répartition encore plus injuste des savoirs, et par conséquent des ressources naturelles. Les logiciels dits open source et les sociétés ou organisations favorisant leur mise en œuvre (dont les SSLL), peuvent peut-être contribuer à réduire ce risque.
Un sixième risque est que les critères d'évaluation soient mal équilibrés et croisés entre l'environnement, le social, et l'économique, ou bien la mise en œuvre de modèles globaux biaisés (retour à des utopies ou certaines formes d'idéologies, …). Par exemple, le biais environnemental peut masquer d'autres carences.
Un septième risque est que le label « développement durable » soit récupéré pour appuyer de plus en plus de politiques ou d'actes n'ayant aucun rapport avec la notion même, ou s'y rattachant d'une façon très superficielle. Par exemple, le « tourisme durable », application au tourisme du concept de développement durable, a tendance à être un tourisme d'élite qui, au nom du respect de l'environnement, dresse une barrière sociale en augmentant le tarif des séjours afin de « préserver l'environnement », oubliant le volet social.
Un huitième risque est que les analystes financiers chargés d'évaluer les rapports de développement durable des entreprises ne disposent pas de la formation nécessaire sur les concepts de développement durable, et qu'ils ne disposent pas des outils d'analyse adaptés (structuration).

Critiques du développement durable

Une contestation sémantique sur le terme même de développement durable a existé depuis l'apparition du terme dans le rapport Brundtland, et certains préfèrent parler de développement soutenable : ainsi, lors de la première traduction en français du rapport Brundtland, c'est le terme « développement durable » qui est retenu, tandis que lors de la seconde traduction - par Les Éditions du Fleuve - c'est le terme « développement soutenable » (traduction littérale de l'anglais « sustainable development ») qui est utilisé. Les tenants du terme « durable » insistent quant à eux sur la notion de durabilité (cohérence entre les besoins et les ressources globales de la Terre sur le long terme) plutôt que sur l'idée d'une recherche de la limite jusqu'à laquelle la Terre sera capable de nourrir l'humanité.
Le terme de « développement durable » est également critiqué pour le flou qui l'entoure[24][25]. Luc Ferry écrit ainsi : « Je sais que l'expression est de rigueur, mais je la trouve aussi absurde, ou plutôt si floue qu'elle ne dit rien de déterminé. » Et Luc Ferry d'ajouter que le terme est en fait l'évidence, en raisonnant par l'absurde : « qui voudrait plaider pour un « développement intenable » ! Évidemment personne ! [..] L'expression chante plus qu'elle ne parle.».
Enfin, la définition classique du développement durable issue de la commission Brundtland (1987) peut apparaître à certains dépassée. En effet, il ne s'agit aujourd'hui plus de viser, comme il y a une vingtaine d'années, la satisfaction des besoins lointains de générations futures. C'est la satisfaction actuelle des besoins qui est maintenant compromise par les crises environnementales et sociales que connaît le XXIe siècle. Il ne s'agit plus d'anticiper les problèmes mais de les résoudre. Le développement durable pourrait alors laisser place à la notion de "développement désirable"[26] qui regroupe l'ensemble des solutions économiquement viables aux problèmes environnementaux et sociaux que connaît la planète. Ce nouveau mode de développement, facteur de croissance économique et d'emplois, serait une véritable "économie verte"[27], basée sur l'économie sociale et solidaire, l'éco-conception, le biodégradable, le bio, la dématérialisation, le réemploi-réparation-recyclage, les énergies renouvelables, le commerce équitable, la relocalisation...
Le concept rencontre des critiques à plusieurs niveaux. Ainsi, John Baden (en)[28] considère que la notion de développement durable est dangereuse car débouchant sur des mesures aux effets inconnus et potentiellement dangereux. Il écrit ainsi : « en économie comme en écologie, c'est l'interdépendance qui règne. Les actions isolées sont impossibles. Une politique insuffisamment réfléchie entrainera une multiplicité d'effets pervers et indésirables, tant au plan de l'écologie qu'au plan strictement économique. ». À l'opposé de cette notion, il défend l'efficacité de la propriété privée pour inciter les producteurs et les consommateurs à économiser les ressources. Selon Baden, «l'amélioration de la qualité de l'environnement dépend de l'économie de marché et de la présence de droits de propriété légitimes et garantis ». Elle permet de maintenir l'exercice effectif de la responsabilité individuelle et de développer les mécanismes d'incitation à la protection de l'environnement. L'État peut dans ce contexte «créer un cadre qui encourage les individus à mieux préserver l'environnement», en facilitant la création de fondations dédiées à la protection de l'environnement[29].
Le développement durable est également critiqué en ce qu'il peut paraître légitimer le capitalisme. La géographe et spécialiste du Tiers-Monde Sylvie Brunel[30] estime que les idées de développement durable peuvent servir comme paravent aux idées protectionnistes des pays du Nord pour empêcher le développement par le commerce des pays du Sud. Pour Sylvie Brunel, le développement durable « légitime un certain nombre de barrières à l'entrée »[8]. En offrant ainsi un prétexte au protectionnisme des pays développés, « le sentiment que donne le développement durable, c'est qu'il sert parfaitement le capitalisme »[8]. De même, les tenants de la décroissance considèrent que le terme de développement durable est un oxymore. Sur une planète, expliquent-t-ils, où 20 % de la population planétaire consomme 80 % des ressources naturelles, il n'est pas, pour ces 20 % les plus riches, de développement qui puisse être durable : c'est alors le concept même de développement qui doit être revu.[31

Développement durable (partie III)

Approches et domaines d'applications
Le développement durable reste un concept pouvant être décliné selon de nombreux axes : ses fondements peuvent être vus comme étant philosophiques et/ou scientifiques, ses applications touchent tout autant le droit que les technologies de pointe ou la gouvernance : le tableau ci-dessous présente les domaines dans lequel le développement durable est appliqué, ainsi qu'une liste des articles associés
Domaine
Principaux articles
Pilotage
Politique européenne de développement durable · Stratégie nationale de développement durable · Agenda 21 · Agendas 21 locaux · Management environnemental · Sommet de la Terre · Éthique appliquée
Économie
Responsabilité sociale des entreprises · Triple bottom line · Parties prenantes · Investissement socialement responsable · Global Compact · Économie de l'environnement · Lutte contre la corruption
Social
Gestion des ressources humaines · Développement humain · Indice de développement humain · CHSCT · Pays en développement
Ressources naturelles
Utilisation durable de l'eau · Utilisation durable des sols · Énergie renouvelable · Économie d'énergie
Agriculture
Agriculture durable · Agriculture biologique · Traçabilité agroalimentaire · Sécurité alimentaire · Gestion durable des forêts
Industrie et Construction
Écologie industrielle · Chimie verte · Véhicule propre · Gestion des déchets · Écoconstruction · Haute qualité environnementale · Écologie urbaine
Technologie
Meilleure technologie disponible · Technologie environnementale
Concepts
Empreinte écologique · Facteur 4 · Durabilité · Traçabilité · Analyse du cycle de vie · Filière intégrée · Coût total de possession · Indicateur environnemental

Durabilité forte / faible
Article détaillé : Durabilité.
Il existe deux conceptions sur la durabilité, s'appuyant sur la définition de capital naturel ; on peut définir ce dernier comme l'ensemble des ressources naturelles.
la durabilité forte n'admet pas que le capital naturel soit amputé au détriment des générations futures quel qu'en soit les conséquences ; les partisans de cette conception sont plutôt les ONG ou les associations.
la durabilité faible tolère une amputation du capital naturel, à condition que cette amputation soit substituée par un capital de connaissances, appelé capital immatériel ; les tenants de la durabilité faible se situeraient plutôt parmi les dirigeants d'entreprises et dans les milieux économiques et financiers, bien qu'il soit difficile de généraliser.

Politique de développement durable

Union européenne
Article détaillé : Politique européenne de développement durable.
Dans l'Union européenne où le droit de l'environnement s'est progressivement déplacé des États membres vers le niveau européen qui est apparu subsidiairement plus adapté pour traiter ces questions, et ceci en plusieurs étapes :
L'Acte unique européen, en 1987, a transféré à la CEE certaines compétences des États : l'environnement, la recherche et développement, et la politique étrangère,
À la création de l'Union européenne, en 1993, l'environnement a été traité d'une façon transversale dans le premier pilier de l'Union européenne, celui qui est le plus intégré, à travers les règlements européens et les directives européennes.
L'expression développement durable apparaît pour la première fois dans un texte communautaire avec le traité d'Amsterdam en 1997, qui inclut également un protocole sur le principe de subsidiarité.
Au Conseil européen de Göteborg, en 2001, il a été décidé que la stratégie sur l'économie de la connaissance définie au conseil européen de Lisbonne l'année précédente intégrerait explicitement l'objectif de développement durable. Par conséquent, au moins sur le papier, la relation entre développement durable et ingénierie des connaissances a été reconnue. Ce conseil réoriente la stratégie de Lisbonne vers le développement durable, et un livre vert de la Commission européenne aborde le sujet de la responsabilité sociétale pour les entreprises.
L'impact de l'environnement sur des domaines aussi vitaux que l'eau, l'énergie, les services, l'agriculture, la chimie... est tel que l'Union européenne a capté certaines compétences des États membres, via la législation européenne (directives cadres, directives, règlements) qui s'impose aux États membres en vertu de la hiérarchie des normes juridiques. Ceci pose des questions de souveraineté qui peuvent être étudiées sous l'angle de la légitimité des actions à mener pour aboutir à un développement plus durable.
C'est vers les années 2001-2002 que le développement durable apparaît en France comme la nécessité pour les entreprises de rendre compte des conséquences sociales et environnementales de leurs activités, par rapport aux exigences de la société civile. Cela s'est traduit par une disposition législative sur la communication dans la loi NRE, poussant à l'élaboration de rapports de développement durable.
Le président Jacques Chirac a poussé à la rédaction d'une charte de l'environnement en 2004, soulignant dans un discours que la France était le premier pays au monde à inclure l'environnement dans sa Constitution.

États-Unis
Article détaillé : Politique environnementale des États-Unis d'Amérique.
Dans le même temps, les entreprises anglo-saxonnes tissent des réseaux d'influence autour des institutions internationales, en s'appuyant sur les réseaux des organisations non gouvernementales. Ceci permet de collecter une quantité importante d'informations, qui sont structurées puis gérées dans les réseaux internationaux d'entreprises, d'universités, de centres de recherche (voir par exemple le World Business Council on Sustainable Development).
La stratégie américaine consiste aussi à tisser des liens avec les enceintes normatives privées comme la chambre de commerce internationale, située à Paris. La CCI rédige des "rules", règles types dans tous les domaines de la vie des affaires, reprises comme modèle dans les contrats financés par les organismes internationaux. La CCI a joué un rôle important au sommet de la Terre de Johannesburg à l'été 2002 en créant, conjointement avec le WBCSD, le Business Action for Sustainable Development.

Indicateurs et Mesures
Les instruments macroéconomiques classiques (PIB par exemple) s'avèrent déficients pour mesurer le développement durable : la croissance économique apparaît ainsi comme déconnectée, voire opposée aux objectifs du développement durable. Plusieurs indicateurs ont été établis, qui concernent chacun un ou plusieurs « piliers » du développement durable :
Sur le plan économique, il est possible de donner une valeur monétaire à l'environnement (on parle alors de capital naturel)
Sur le plan environnemental, on peut parler d'empreinte écologique, d'ESI, de tonnes de CO2 émises, de consommation énergétique...
Sur le plan social, on parle d'indice de développement humain (qui mesure la richesse, le taux d'alphabétisation et la santé d'une population), de coefficient de GINI...
La mesure microéconomique du développement durable pour les entreprises peut se faire par l'intermédiaire des critères du Global Reporting Initiative. On trouve plus d'une centaine d'indicateurs, environnementaux, sociaux, économiques, et de gouvernance.
Tout indicateur est néanmoins sujet à caution : la manière d'agréger les données exprime un parti-pris : qu'est-ce qu'un pays "avancé en développement durable" ? Est-ce un pays qui consomme peu de ressources (comme le Bangladesh) ou est-ce un pays avec de nombreux parcs nationaux protégés (comme les États-Unis) ? [19]

Concept de meilleure technologie disponible (MTD)
L'une des réponses apportées du point de vue technologique consiste à rechercher la meilleure technologie disponible (en anglais best available technology, BAT) pour un besoin identifié, ou des attentes exprimées par un marché, qui concile les trois piliers du développement durable d'une façon transversale (multidomaines).
La recherche et le choix d'une telle technologie doit également tenir compte d'autres aspects : sécurité et ressources naturelles (énergie et matières premières), système d'information (dans une optique d'économie de l'immatériel), parties prenantes (marchés, questions juridiques, institutions).
L'optimisation des MTD est évidemment un processus itératif